Breathwork et émotions : pourquoi la respiration fait pleurer (et c'est normal)
Bien-être
Publié le 14 juillet 2025
8 min

Breathwork et émotions : pourquoi la respiration fait pleurer (et c'est normal)

Vous commencez un exercice de respiration et soudain, les larmes coulent. Ce n'est pas un problème — c'est exactement ce qui est censé se passer. Voici pourquoi.

Davy

Par Davy

Fondateur de BreathLife · biohacker, yogi, entrepreneur

Introduction : quand le souffle ouvre les vannes

C'est une scène familière dans les cours de yoga, les sessions de breathwork ou même à la maison pendant un simple exercice de respiration : vous respirez profondément depuis quelques minutes, et soudain, sans raison apparente, les larmes coulent. Ou bien un rire incontrôlable. Ou des tremblements dans les jambes. Ou une vague de colère qui surgit de nulle part.

La première réaction est souvent la surprise, puis l'embarras. « Qu'est-ce qui ne va pas chez moi ? Je fais juste un exercice de respiration. » En réalité, il n'y a rien qui « ne va pas » — tout va exactement comme prévu. La respiration profonde et consciente est l'un des outils les plus puissants pour accéder aux émotions stockées dans le corps, et leur libération est un processus naturel, sain et souvent profondément thérapeutique.

La science derrière la libération émotionnelle

Le corps garde le score

Le psychiatre Bessel van der Kolk a popularisé cette idée avec son livre révolutionnaire The Body Keeps the Score (2014) : les émotions non exprimées ne disparaissent pas — elles se stockent dans le corps sous forme de tensions musculaires, de schémas respiratoires dysfonctionnels et de dérégulations du système nerveux autonome.

Quand vous êtes stressé, effrayé ou en colère, votre corps réagit immédiatement : le diaphragme se contracte, la respiration devient thoracique et superficielle, les muscles du cou, des épaules et du dos se tendent. Si l'émotion est exprimée (vous pleurez, vous parlez, vous courez), le corps se libère et revient à l'équilibre. Mais si l'émotion est réprimée (« sois fort », « ne pleure pas », « calme-toi »), la tension reste — parfois pendant des années, voire des décennies.

Le diaphragme : le muscle émotionnel

Wilhelm Reich, élève de Freud et pionnier de la psychologie corporelle, a identifié dans les années 1930 ce qu'il appelait « l'armure caractérielle » : des zones de tension musculaire chronique qui bloquent les émotions. Le diaphragme est la zone la plus importante de cette armure.

Le diaphragme se contracte instinctivement quand nous retenons des émotions. Un enfant qui retient ses pleurs contracte le diaphragme. Un adulte qui « ravale » sa colère fait la même chose. Au fil des années, cette contraction devient chronique — le diaphragme perd sa mobilité, la respiration devient superficielle, et les émotions restent piégées sous cette « couche de béton ».

Quand la respiration profonde et consciente mobilise le diaphragme — quand il recommence à bouger pleinement après des années de restriction — les émotions qu'il retenait sont littéralement « déverrouillées ». C'est pourquoi les pleurs surgissent souvent pendant la respiration diaphragmatique profonde.

Le système nerveux autonome et la fenêtre de tolérance

Le Dr Stephen Porges (théorie polyvagale) explique que notre système nerveux oscille entre trois états :

  • Ventral vagal (sécurité) : nous sommes calmes, connectés, ouverts — notre « fenêtre de tolérance ».
  • Sympathique (menace) : combat ou fuite — colère, anxiété, agitation.
  • Dorsal vagal (effondrement) : figement — dissociation, engourdissement, dépression.

Les émotions non traitées nous font osciller entre le sympathique et le dorsal, en évitant l'état ventral (sécurité). La respiration consciente ramène progressivement le système nerveux dans la fenêtre de tolérance — et c'est précisément dans cet état de sécurité que les émotions piégées peuvent enfin être ressenties et libérées.

Les différentes réactions émotionnelles

Les pleurs

C'est la réaction la plus fréquente. Les pleurs pendant le breathwork ne sont généralement pas liés à une pensée triste spécifique — ils « arrivent tout seuls ». C'est un signe que le système nerveux autonome se décharge d'un excès de tension. Les larmes contiennent du cortisol et d'autres hormones de stress — pleurer est littéralement un processus de détoxification émotionnelle.

Que faire : ne résistez pas. N'essayez pas de comprendre « pourquoi ». Laissez les larmes couler en maintenant la respiration profonde. Elles s'arrêteront naturellement quand la décharge sera complète.

Le rire

Le rire spontané pendant le breathwork est aussi courant que les pleurs. Il peut être doux et joyeux ou bruyant et incontrôlable. C'est souvent un signe de libération d'une tension profonde — le corps « secoue » littéralement la tension.

Que faire : riez. Complètement. Sans retenue. Le rire est l'un des mécanismes de libération les plus puissants du corps humain.

Les tremblements

Les tremblements (dans les jambes, les bras, la mâchoire) sont un mécanisme naturel de décharge du système nerveux. Tous les mammifères tremblent après un épisode de stress intense (observez un chien après une peur) — les humains sont les seuls à réprimer ce réflexe par honte sociale.

Le Dr Peter Levine (méthode Somatic Experiencing) a montré que les tremblements permettent au système nerveux de « compléter » la réponse de stress interrompue. La respiration profonde déclenche souvent ce processus naturel.

Que faire : laissez trembler. Ne contractez pas les muscles pour arrêter. Les tremblements s'arrêtent d'eux-mêmes quand la décharge est complète — généralement en quelques minutes.

La colère

Des bouffées de colère peuvent surgir pendant le breathwork. Envie de crier, de serrer les poings, de frapper un coussin. C'est souvent une colère ancienne — des limites qui n'ont pas été posées, des injustices qui n'ont pas été exprimées.

Que faire : exprimez-la de manière sûre. Serrez les poings. Émettez un son grave depuis le ventre. Frappez un coussin. N'intériorisez pas l'énergie qui monte.

La tétanie

Les picotements et la raideur dans les mains et les pieds (tétanie) sont fréquents pendant les techniques d'hyperventilation. C'est un effet de l'alcalose respiratoire (baisse du CO₂ sanguin). Ce n'est pas dangereux, mais c'est désagréable.

Que faire : ralentissez légèrement le rythme respiratoire. Respirez dans les mains (l'air expiré contient du CO₂ qui rééquilibre le sang). La tétanie disparaît en quelques minutes.

Protocoles de libération émotionnelle

Protocole doux : respiration et scan corporel (15 min)

Pour les débutants ou quand vous pressentez des émotions intenses :

  1. Allongez-vous, yeux fermés, mains sur le ventre.
  2. Respirez lentement par le nez : 4 secondes inspiration, 6 secondes expiration. 5 minutes.
  3. Scan corporel : parcourez mentalement votre corps des pieds à la tête. À chaque zone de tension que vous trouvez, respirez « dans » cette zone — imaginez l'inspiration qui gonfle la zone tendue et l'expiration qui la relâche.
  4. Si une émotion monte, accueillez-la sans la juger. Maintenez la respiration. Laissez l'émotion traverser le corps comme une vague — elle a un début, un pic et une fin.
  5. Terminez par 3 soupirs physiologiques (double inspiration + longue expiration).

Protocole intermédiaire : respiration connectée (20-30 min)

  1. Allongez-vous, musique douce sans paroles.
  2. Respirez par la bouche, sans pause entre l'inspiration et l'expiration. L'inspiration est active (remplissez ventre puis poitrine), l'expiration est passive (laissez l'air sortir).
  3. Maintenez un rythme légèrement plus rapide que la normale pendant 15-20 minutes.
  4. Quand les émotions ou sensations arrivent, ne vous arrêtez pas. La respiration est le « véhicule » qui traverse l'émotion. Si vous arrêtez de respirer, l'émotion reste bloquée à mi-chemin.
  5. Après 15-20 minutes, ralentissez progressivement. Passez à une respiration nasale lente. Restez allongé 5-10 minutes.

Après la session : l'intégration

Ce que vous faites après est aussi important que la session elle-même :

  • Ne vous levez pas immédiatement. Restez allongé au moins 5 minutes. Le système nerveux a besoin de temps pour se stabiliser.
  • Buvez de l'eau. La respiration profonde et les pleurs déshydratent.
  • Écrivez. Même quelques mots. Les insights qui émergent pendant le breathwork peuvent être transformatifs — mais ils s'effacent vite si vous ne les capturez pas.
  • Soyez doux avec vous-même. Vous venez de faire un travail émotionnel profond. Pas de sport intense, pas de décisions majeures, pas de conversations conflictuelles dans les heures qui suivent.
  • Ne cherchez pas à comprendre immédiatement. Les émotions qui émergent pendant le breathwork ne sont pas toujours « logiques ». Vous pouvez pleurer sans savoir pourquoi. C'est normal — le corps traite les émotions différemment de l'esprit rationnel.

Quand faire attention

La libération émotionnelle par la respiration est généralement sûre et bénéfique, mais certaines situations nécessitent de la prudence :

  • Trauma sévère (PTSD) : si vous avez vécu un traumatisme majeur, la respiration profonde peut déclencher des flashbacks ou une dissociation. Pratiquez avec un thérapeute formé au trauma, pas seul.
  • Troubles dissociatifs : la respiration intense peut aggraver la dissociation. Privilégiez les techniques douces (cohérence cardiaque, respiration diaphragmatique lente).
  • Si les émotions deviennent submergeantes : si vous sentez que vous « perdez le contrôle », ralentissez la respiration, ouvrez les yeux, ancrez-vous (touchez le sol, nommez 5 objets que vous voyez). Le retour à la respiration nasale normale calme le système nerveux en 2-3 minutes.

Conclusion

Les larmes qui coulent pendant un exercice de respiration ne sont pas un signe de faiblesse — elles sont un signe que votre corps fait exactement ce qu'il est conçu pour faire : se libérer. Le souffle est la clé qui déverrouille les émotions que nous avons enfermées dans notre corps, parfois depuis l'enfance. Ce processus peut être inconfortable, surprenant, voire bouleversant — mais il est aussi profondément libérateur. La prochaine fois que les larmes coulent pendant le breathwork, ne les essuyez pas. Respirez à travers elles. De l'autre côté, il y a de l'espace.

Le breathwork émotionnel s'avère particulièrement puissant pour accompagner les douleurs chroniques — souvent liées à des émotions stockées — et pour soutenir une démarche de sevrage d'addiction.

Sources et références

  1. van der Kolk BA. The body keeps the score: Brain, mind, and body in the healing of trauma (2014)
  2. Fincham GW, Strauss C, Montero-Marin J, Cavanagh K. Effect of breathwork on stress and mental health: A meta-analysis of randomised-controlled trials (2023)
  3. Payne P, Levine PA, Crane-Godreau MA. Somatic experiencing: Using interoception and proprioception as core elements of trauma therapy (2015)
Application gratuite

Passez de la théorie à la pratique

Tout ce que vous venez de lire, BreathLife vous aide à le mettre en pratique — chaque jour.

  • Test d'âge respiratoire en 60s
  • 8 exercices guidés audio
  • Suivi de progression quotidien
  • Test respiratoire inclus
5 ★ sur l'App Store

Recevez nos prochains articles

Inscrivez-vous pour recevoir nos nouveaux articles sur la respiration et le bien-être.

Pas de spam. Désinscription en un clic.

Articles similaires

Télécharger BreathLife